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L'Écureuil de Corée et la maladie de Lyme

Quelles sont les conséquences de l’introduction de l'Écureuil de Corée, réservoir de la borréliose de Lyme, dans la dynamique de cette maladie ?

Qu'est-ce que la maladie de Lyme ?

La borréliose de Lyme est l'une des maladies vectorielles la plus répandue en France avec 29 000 cas recensés en 2013 (INVS, 2013), ce nombre étant très certainement sous-estimé. Les agents de cette maladie sont des bactéries spirochètes du groupe Borrelia burgdorferi sl (comprenant au moins quatre espèces pathogènes pour l’homme). Les principaux réservoirs de ces bactéries sont les petits rongeurs des forêts (Campagnol roussâtre, Mulot sylvestre) et les oiseaux, dont essentiellement les espèces se nourrissant au sol (voir Marsot et al., 2012). Cette maladie est transmise à l’homme par la Tique de litière Ixodes ricinus qui parasite un grand nombre d’hôtes, l’homme n’étant qu’un hôte accidentel.

La maladie se manifeste au stade primaire par une lésion cutanée autour de la piqure : l’érythème migrant. Toutefois, dans environ 40% des cas, cet érythème n'est pas présent, et la maladie est difficile à diagnostiquer (symptômes pseudo grippaux). Sans traitement, elle peut évoluer vers un stade secondaire avec des manifestations neurologiques (allant jusqu’à la paralysie), articulaires (arthrite), ou plus rarement cardiaques. Rapidement diagnostiquée, cette maladie est facile à guérir (traitement par antibiotiques). Inversement, lorsqu’elle est installée, le traitement est long et délicat.

Les études sur l'Écureuil de Corée

En Forêt de Sénart (Essonne), les travaux développés par une équipe INRA-Muséum National d’Histoire Naturelle-Institut Pasteur ont montré que le Tamia de Sibérie est un « excellent » réservoir de cette maladie, bien  « meilleur » que ne le sont le Campagnol roussâtre et le Mulot sylvestre. En effet, 35 à 75 % des tamias (selon les années et les saisons) sont porteurs de ces agents pathogènes contre seulement 10 à 30 % des campagnols et 0 à 10 % des mulots (Marsot, 2011). De plus, les tamias hébergent des dizaines, voire des centaines de tiques, alors que les petits rongeurs n’en portent que quelques unes, voire une dizaine au plus (Pisanu et al., 2010). Le fait que le tamia porte beaucoup de tiques est certainement à l'origine du fort pourcentage de tamias positifs, les tiques réinfectant leur hôte.

Par ailleurs, les campagnols hébergent une seule espèce de Borrelia, B. afzelii, alors que le Tamia en accueille trois espèces : B. afzelii, B. burgdorferi ss et B. garinii (Marsot et al., 2011). De ce fait, une tique s'étant nourrie sur cet hôte peut hébergée plusieurs espèces de ces bactéries et ainsi les transmettre à l'homme en une seule piqure. Enfin, il apparait que le Tamia contribue à augmenter la circulation des espèces de Borrelia, les petits rongeurs étant plus infestés dans les secteurs avec tamias que dans ceux sans tamias.

Ces observations tendent à montrer que, par sa présence, l'Écureuil de Corée pourrait contribuer de manière significative à la dynamique de cette maladie. De derniers travaux (Marsot et al., 2013) ont en effet permis d'estimer que les tamias infecteraient 8 fois plus de tiques (nymphes) que les deux rongeurs autochtones, le Campagnol roussâtre et le Mulot sylvestre.

A titre de comparaison, d’autres travaux ont été effectués dans un bois des Yvelines, le Bois de Verneuil-sur-Seine, et dans deux parcs urbains, le Parc de Sceaux et le Parc Henri Sellier (Plessis Robinson), dans les Hauts-de-Seine, où le Tamia a été introduit. Les résultats obtenus ont montré que les tamias et campagnols roussâtres capturés dans le bois de Verneuil-sur-Seine étaient réservoirs de Borrela burgdorferi sl, alors que ceux des parcs des Hauts-de-Seine ne portaient pas ces bactéries. Ceci est à mettre en relation avec l’absence d’Ixodes ricinus dans les parcs urbains. En effet, cette tique a besoin, pour boucler son cycle de développement, d’hôtes de grande taille (ongulés sauvages ou domestiques), absents des parcs urbains. Ainsi, dans les deux parcs urbains étudiés, le Tamia ne contribue pas à la dynamique de cette maladie, contrairement à ceux présents dans le bois de Verneuil-sur-Seine et en Forêt de Sénart.

Des analyses complémentaires sont encore nécessaires, notamment l’incidence de la maladie sur l’homme dans la périphérie des forêts concernées, avant de décider la mise en place d’opérations de contrôle de ce rongeur.

Quoi qu’il en soit, il semble urgent dès à présent d’interdire la vente de cet écureuil dans les animaleries, les ventes et les échanges sur Internet, afin de limiter leur détention par des particuliers et ainsi de réduire les probabilités d’installation de nouvelles populations sur notre territoire.